L’ÉTALON DE DIEU

histoire Jeune posté le dimanche 2 septembre 2007 par Ivan Ribeiro Lagos

Pour la vie solitaire, pour la pénitence, pour la vie religieuse en société. Tout dépendait de la personnalité de l’abbé en fonction et des courants dominants du moment pour que l’une ou l’autre tendance prenne le dessus et l’emporte. À une certaine époque, ce qui faisait la réputation du monastère, ce qui y attirait les visiteurs, c’était les exorcismes contre toutes les figures changeantes du diable. À d’autres moments, c’était la magnifique musique. Parfois, c’était la sainteté d’un des pères qui faisait des cures et des miracles, parfois aussi les soupes de brochet et les pâtés de foie de cerf. Et toujours il se trouvait dans la troupe des moines et des élèves une piété ardente ou tiède. Parmi les ascètes et les gros bedons, une personnalité originale, quelqu’un que tous aimaient ou redoutaient, quelqu’un qui semblait élu, une figure dont il était question longtemps encore quand ses contemporains étaient oubliés. À l’époque dont je parle, il se trouvait au monastère de Salvador (Brésil) deux figures originales ; un vieillard et un jeune homme qui s’appelait Elton (Lê Grosson… À cause de la taille de son membre). Tous connaissaient leur existence et tous tournaient leurs regards vers eux. Le jeune homme venait de commencer son noviciat et on l’employait déjà comme professeur en raison de ses dons exceptionnels en grec. On faisait grand cas de ce ces deux-là dans la maison. On les observait. Ils suscitaient la curiosité, l’admiration, l’envie. Mais on en médisait aussi en secret. Ceux, peu nombreux, qui à l’occasion souriaient un peu de la simplicité de l’abbé, étaient d´autant plus sous le charme d’Elton. L’enfant prodige, le beau jeune homme élégant, aux manières parfaitement chevaleresques, au regard de penseur tranquille et pénétrant, aux belles lèvres minces et sévères dans leur dessin. Les savants aimaient en lui sa connaissance merveilleuse du grec. Presque tout le monde appréciait la noblesse et la délicatesse de cet adonis et beaucoup en étaient entichés. Il était maître de lui. L’Abbé et le novice portaient, chacun à sa manière, son destin d’élu ; dominant à sa manière, souffrant à sa manière. Chacun des deux se sentait plus apparenté à l’autre, plus…