La cuisinière guillemine
histoire Voyeur posté le mardi 28 septembre 2004 par Moustaches la crme
Mes parents, deux artistes fort connus de la scène musicale, avaient acquis le domaine de La Fraisière, il y avait de cela sept ans. Leur intention était de s’y retirer pour terminer leur existence agitée dans une farandole interminable de réceptions de tous genres. Il leur avait donc fallu engager un personnel compétent afin d’entretenir le lieu de leurs extravagances mondaines. Mademoiselle Guillemine, une forte alsacienne au teint rosé et à la beauté remarquable, leur fut chaudement référée à titre de cuisinière. Sa réputation la précédait dans la haute société provinciale mais peu de gens pouvait s’offrir ses services. Mes parents sautèrent donc sur cette occasion pour impressionner la galerie et engagèrent à prix fort l’excellente mademoiselle Guillemine. Il faut admettre que Guillemine cuisinait admirablement et que son sens de la coordination lui permettait d’assurer le total fonctionnement de notre demeure. La valetaille était à sa botte, comme le clamait si bien mon grand-père qui la vénérait avec des lueurs lubriques au fond des yeux. Car il faut encore admettre que malgré son poids considérable. Guillemine resplendissait de fraîcheur et de splendeur, exaltait la joie et la sensualité. Elle devait faire cent dix kilos, au moins, mais les hommes la mataient comme des gamins avides. L’année dernière, mes parents avaient engagé une société horticole afin de réaménager leur jardin. Quatre longues semaines de travaux s’amorcèrent sous les directives de Guillemine, laquelle fut un véritable amour pour les trois jeunes ouvriers ivoiriens chargés d’exécuter les plans. Ils bossaient le jour comme des diables menacés d’un sermon papal et logeaient la nuit dans un pavillon de repos attenant aux écuries. Alors Guillemine leur préparait de copieux repas qu’elle leur portait elle-même et qu’elle arrosait de vins délicats. Inutile d’insister sur le dévouement aveugle des trois jeunes hommes pour la délicieuse cuisinière. Il n’y avait plus de limites à leur reconnaissance. Un jour que je me prélassais dans un hamac non loin du lieu où les garçons bêchaient la terre, j’entendis leur conversation. Ils tenaient candidement le pari du premier qui allait étendre la bonne Guillemine dans son pieu. Je faillis rire de cette innocente ambition virile. Je savais bien moi, lequel de ces trois messieurs Guillemine avait choisi…



