Le mécano du clan ababou
histoire posté le mardi 28 septembre 2004 par Moustaches la crme
Les hommes de la famille Ababou menaient leurs bagnoles chez Faby depuis une dizaine d’années. On ne jurait que par le garagiste Faby, le seul à Paris capable de comprendre la mécanique de tous les moteurs imaginables. Il n’était pas rare de voir traîner sur les établis du garage de petits engins appartenant à des aspirateurs, des outils, des rasoirs et autres bricoles domestiques. Faby, c’était le dieu de la mécanique. Le seul Ababou à n’être pas encore venu chez Faby était le petit dernier, le beau Rachid. À dix-neuf ans, il venait à peine de faire l’acquisition de sa première bécane, une BMW usagée qu’il devait remettre en ordre avant de l’enfourcher. Les hommes Ababou le conduisirent donc chez Faby et l’abandonnèrent en souriant à la science du réputé mécano. Faby le reçut en bougonnant; c’était sa façon. Il parlait peu, n’émettant bien souvent que des fragments de mots, désignant plutôt du geste la pièce à remplacer. Il était grand Faby, un bon mètre quatre-vingt cinq et flottait dans sa large combinaison bleu. Son visage recouvert de graisse brune paraissait pourtant receler d’agréables traits. Rachid remarqua aussi que ses mains, quoique robustes, se terminaient par des doigts effilés aux ongles bien taillés. Cette particularité attira son attention. Faby passait régulièrement sa main gauche dans ses cheveux qu’il portait calés derrière l’oreille et lui descendaient jusqu’à la nuque. L’huile déposée par ce geste donnait une teinte vaguement brune à cette chevelure qui semblait toutefois rousse à l’origine. Rachid observait le mécano démonter le moteur de sa moto, assis sur un vieux bidon d’essence, tentant vainement d’entretenir la conversation. Comme il n’obtenait que des « ouais ! », des « sais pas ! », des « bah ! ». Rachid s’approcha pour voir de plus près les opérations de Faby. Il sentit d’abord, comme à travers un brouillard d’odeurs grossières, les effluves délicates d’un parfum raffiné. Mais à mesure qu’il avançait la tête par-dessus l’épaule du mécano, la fragrance dégageait des bouffées vanillées et le jeune homme s’en troubla. Pourtant, ce n’est qu’à la vue des lèvres magnifiquement ourlées de Faby que Rachid ressentit véritablement la nature de son émoi : il bandait ! Quelle bouche ! Du dos de la main. Faby avait fait disparaître de ses lèvres une grosse tache noire qui lui barrait la bouche et empêchait d’en distinguer la beauté…


