LA RÉCONCILIATION

histoire Gay posté le dimanche 22 mars 2015 par Paul V.

Pour cause de mortalité dans ma famille, j’ai du faire un saut d’une semaine sur mon île natale : la Corse !!! Au moment où mon regard scrute l’immensité de l’océan, je songe à ma tante bien-aimée qui vient de rendre l’âme. Des larmes s’échappent et j’essuie mes joues ruisselantes alors que les soubresauts de la peine commencent à m’envahir. Debout face à la mer, je dissimule mes yeux rougis derrière mes mains et je pleure comme je ne l’ai jamais fait de toute ma vie. Je n’avais pas encore réalisé sa disparition mais c’est maintenant, en observant la mer tourmentée comme dans mon enfance lorsqu’elle m’accompagnait ici de longues heures, que je me rends compte qu’elle est vraiment morte. C’est un paysage féerique certes, mais aujourd’hui il me rend plus nostalgique que paisible. En mon âme et conscience, je sens sa présence, ici même, sur la grève où elle m’accompagnait si souvent. Chez mon oncle, (qui vient de perdre sa femme) l’ambiance est au deuil et tout le monde boit de la bière à grande gorgée. J’ai opté pour du vin rouge que je bois à part, assis près de la grande baie vitrée donnant sur la mer. J’ai le cafard, d’autant plus que mon amour de jeunesse est présent, debout à l’autre bout de la pièce à me fixer sans gêne comme si le moment n’était pas assez dur comme ça !!! Malgré la nostalgie qui m’envahit peu à peu, je ressens la nécessité de me blottir dans ses bras et de pleurer sur son épaule. Pourtant son regard d’une froideur insupportable, jubilant sans doute intérieurement de toute ma peine, me retient de toute démonstration d’affection. Je dois avouer que j’ai été celui qui lui a fait mal. En l’abandonnant ici, sans un au revoir, fuyant ainsi le grand vide que mon homosexualité me faisait ressentir jadis, je l’ai certainement tué de l’intérieur, à petit feu. Aujourd’hui pourtant, je me sens bien dans ma peau, et cela fait des années que je vis mon homosexualité avec fierté. Je me surprends même à espérer un rapprochement, une réconciliation qui, au fond de moi-même, m’apparaît presque possible. Après le repas, qui fut vibrant de nostalgie grâce au discours émouvant de mon oncle, je remarque mon ancienne flamme se diriger vers la porte de derrière…