ROMANO, LE BOHÉMIEN
histoire Jeune posté le vendredi 3 août 2007 par Nostrad Anus
Romano était étonnant de beauté. C’était un grand bohémien, fort et lascif, qui se déplaçait toujours avec une extrême lenteur en contemplant tout autour de lui d’un oeil mielleux et affamé. Il habitait une drôle de petite chaumière au beau milieu d’un tout petit verger et les gens du village l’avaient affectueusement surnommé : Romano des cidres. Ce magnifique brun aux yeux sombres ne partageait sa vie qu’avec trois chèvres, une douzaine de poules et deux énormes briards d’une fidélité exemplaire. Le temps semblait se diluer autour de lui sans jamais l’atteindre tant il n’avait pas changé en quinze ans. Car depuis quinze ans, chaque printemps amenait à la porte du beau gitan sa cargaison de jeunes hommes à dégrossir. On aurait pu dire que Romano des cidres jouait le rôle de l’instituteur des corps au village. Les pères du village, heureux d’initier leur fils sans qu’ils engrossent une fille de la localité, se faisaient un honneur de mener leurs fils nubiles pour les leçons d’amour que donnait gratuitement Romano. Et lorsque venait le temps pour ces jeunes loups de courir les bergeries à la recherche d’une femelle agréable, il était de bon ton de convenir que l’on avait étudié la chair à l’école de Romano. Sa réputation rayonnait bien au-delà des frontières du village quand Colin Boucheron décida que le moment était venu d’y conduire ses petits. Sa femme et lui avaient délibéré longtemps avant de conclure qu’il fallait envoyer les jumeaux ensemble ou ne pas les y envoyer du tout. Depuis leur plus tendre enfance, on ne les avait séparé sous aucun prétexte. Chaque pensée, chaque geste, chaque sentiment leur venait simultanément. Ils étaient les deux cœurs, les deux cerveaux, les deux corps d’une seule et même personne. Maintenant qu’ils avaient dix-huit ans, il devenait presque impossible de les contraindre à des expériences individuelles. Les parents Boucheron finirent par admettre qu’ils avaient eu tort de ne pas les séparer avant, et que, le mal étant fait, il n’y avait plus moyen d’y remédier. On pria pour que Romano puisse les convaincre des bienfaits de l’exclusivité en matière amoureuse. C’est aux alentours de midi, lorsque le soleil dardait le plus violemment sa chaleur, que Romano ouvrait ses volets rouges et jaunes pour s’accouder un instant au rebord de la fenêtre et découvrir en bas le festin quotidien…



