Songes d’une nuit d’hiver

histoire Jeune posté le lundi 18 septembre 2006 par Agamemnon

Ça y est, il est dimanche soir. Déjà, je dois me rendre à la gare… Encore un week-end de grillé. Entre les afters télés pathétiques chez une bande de potes alcolos et les soirées en boîte où les mecs défoncés vous font passer pour des culs serrés à votre propre regard, c’est encore deux jours de ma fin de jeunesse qui viennent de s’envoler. Ainsi, l’hiver avance et je m’enfonce dans la dépression sexuelle… Au début d’une période de célibat, on se dit que l’on en sera vite sorti et que c’est toute une orgie de plaisirs nouveaux qui rapidement entrera dans notre vie, c’est sans compter sur le froid polaire qui s’installe, dans la rue, dans le cœur des hommes… L’attente semble infinie sur ce quai glacé. Ma vue est brouillée par l’épais nuage de vapeur que j’exhale. Les gens passent comme des ombres au loin dans la nuit sans fin. Deux épaisses colonnes de lumières finissent par jaillir du néant, le train fait son entrée. De l’extérieur, je ne perçois qu’une lumière jaune filtrant avec peine à travers la buée. Les portes s’ouvrent mais personne ne descend. La plupart des gens ignorent jusqu’à l’existence de ce village solitaire. Je monte les marches rouillées pour pénétrer dans le wagon fumeur aux allures de train nucléaire russe et déjà les effluves me coupent la respiration. J’inspire à fond, je ressens le besoin de détruire ce qui reste de sain dans mon corps, de m’imprégner de la mélancolie environnante comme une preuve d’amour et de compassion avec moi-même. Une place libre, je m’installe. L’épaisse chaleur qui m’entoure maintenant me brûle les yeux, la sécheresse et la fumée me prennent la gorge. J’observe les punks, les toxicomanes et les prostituées semblent incrustés dans ce paysage intemporel, quelques personnes âgées fumant timidement leur pipe, de jeunes âmes perdues au regard fixé dans le vide. Il y a enfin la frêle créature en face, comment ne pas la remarquer ? Le plus beau mec du monde se trouve là juste devant moi. Certes je suis le seul à le savoir, à voir à travers ce qui le cache. Recroquevillé sur son siège, emmitouflé sous le capuchon de son pull gris, fumant lentement un joint odorant, l’authenticité de son regard dépressif m’illumine. Nos regards se croisent, il me sourit…