VILLA D'AZUR : LA DÉFLORAISON

Il est cinq heures du matin. Une limousine attend, phares éteints, que les trois employés se présentent au rendez-vous. Le chauffeur regarde sa montre et soupire en apercevant la troisième silhouette se rajouter aux deux autres. Il met le contact et s'approche du groupe sans autre geste que celui de déverrouiller les portières. Les trois individus s'engouffrent à l'arrière et découvrent un intérieur spacieux, étincelant d'or incrusté et de lumières multicolores entourant un petit bar. Sur ce dernier est accroché une note. Manu, un chômeur de dix-huit ans issu d'une famille d'ouvriers, grand, très mince, cheveux bruns et corps basané, la décroche et la lit à voix haute à l'intention des deux autres : « Profitez des bonnes choses de la vie, buvez à volonté et prenez la journée pour vous faire dorloter. Je vous dis à ce soir. Votre hôte dévoué. » L'hôte les attend sur le porche d'une villa blanchâtre, sans adresse postale, de la Côte d'Azur. Le petit trio doit maintenant avancer dans un long couloir bien éclairé, guidé par l'hôte, un grand bellâtre au crane rasé. Il porte une toge blanche qui flotte dans l'air derrière lui et qui lui confère presque une aura mystique. Toute la matinée, ils ont droit à la totale : spa, manucure, pédicure, massages, alcool et canapés à volonté ainsi qu'une balade à cheval en après-midi puisque le temps le permet. Les trois garçons ont beau questionner le chauve quant à la nature de leur tâche mais celui-ci garde les lèvres closes tout au long de la journée Le soir arrive très vite. Les garçons sont priés de suivre l'hôte jusqu'à l'emplacement désiré. La pièce dans laquelle ils aboutissent est exempte de fenêtre, ce qui lui donne un caractère morne. Des chaises sont alignées au fond de la salle, comme si un auditoire allait y prendre place. Nathan, lui aussi âgé de dix-huit ans, blond et élancé, s'agite à la vue de cette pièce lugubre, voire déprimante, et insiste timidement auprès de l'hôte pour savoir de quoi il retourne exactement. Ce dernier lui répond avec une voix suave et taquine que les tâches seraient dévoilées au fur et à mesure de la soirée. Ce qui est un mensonge effronté, bien entendu. Ils sont tout trois affectés par l'alcool et se laissent bander les yeux avec docilité. C'est à ce moment précis que des gens pénètrent dans la pièce. Le petit c ur des novices se met à battre la chamade. Une force soudaine les pousse à se pencher vers l'avant, leur ventre reposant sur une masse que le trio ne peut pas identifier et qui vient tout juste d'être installé dans la pièce. Le « bourreau » attache les trois hommes dans cette position, alignés horizontalement, avant de descendre leur caleçon. Les mecs ne peuvent s'empêcher de rougir de honte, la raie ainsi dévoilée à des personnages dont ils ne peuvent même pas voir le visage. C'est tout juste s'ils peuvent entendre leurs voix, étouffées et lointaines. Ils peuvent néanmoins entendre des bribes de conversation et le cerveau des trois gars s'affole progressivement. Ils n'ont pas moyen de savoir si ce qu'ils entendent est réel ou s'il s'agit d'une déformation dû à l'alcool, à la fatigue, à l'anxiété ou encore, à la distance les séparant du groupe. Didier, 19 ans, orphelin ayant vécu plus souvent dans la rue que dans un foyer, se mord la lèvre lorsqu'il entend un homme d'un certain âge dire à quel point il ferait bon venir dans ce joli cul à l'extrême droite. Il en pâlit même d'effroi car le cul en question, à l'extrême droite, est précisément le sien Cette cuvée de minet, peuvent-ils encore entendre, sera celle du siècle Après un bref silence, où seule la respiration saccadée des garçons se fait entendre, la voix de l'hôte s'élève brusquement dans la salle, annonçant le début des festivités. Chacun serre les fesses autant que faire se peut, tout en sachant pertinemment qu'ils ne s'en sauveront pas ainsi En fait, ils sont très au courant qu'ils ne s'en sauveront pas, point final. Chacun essaie donc à sa manière de faire face à la musique comme il le peut. Une main effleure amoureusement la raie légèrement velue de Didier et celui-ci se doute de qui il s'agit Le vieux porc de tout à l'heure Si ça se trouve, pense-t-il en laissant échapper un gémissement de réprobation, ce sont tous de vieux croulants défraîchis, la queue molle, les couilles aux genoux Cette image le fait sourire intérieurement. Or, cette pensée ne

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DIMANCHE 9 SEPTEMBRE 2012

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