LES VOLETS BLEUS
histoire Lesbienne posté le mardi 3 avril 2007 par Slav Mordiem
Chaque été, nous séjournions à la ferme de mon oncle Richard. C’était une de ces très vieilles chaumières de campagne avec une grange à moitié dévorée par l’âge et les intempéries. Richard et sa femme n’élevaient guère plus que des poules et des chèvres et la partie toujours en état de cette grange leur suffisait amplement. Tante Nini passait ses journées à la confection de tourtes et de confitures qu’elle vendait ensuite au marché du village. Quant à son mari, il voyait au bien-être de ses bêtes et à sa culture de blé. Nous arrivions autour de la fin juin pour les vacances et ne repartions qu’à la mi-août. Pendant cette période, j’aidais ma tante aux fourneaux et mon mari écoulait son congé au champ avec mon oncle. Le soir arrivait et Tante Nini se hâtait de se mettre à table afin de nous raconter tous les potins du village. Parmi ces histoires plus ou moins intéressantes, il en fût une qui retint expressément mon attention : c’était l’histoire des volets bleus. Quoiqu’il s’agisse d’une histoire bien connue au village. Nini n’avait jamais abordé ce sujet devant nous auparavant. C’était une opprobre dont les villageois s’efforçaient de cacher la nature autant que possible. J’étais heureux que l’on me confie enfin quelque chose qui sortait de l’ordinaire. Il y avait donc, non loin du village, une ancestrale seigneurie qu’une célèbre artiste du cinéma (dont nous tairons l’auguste nom) avait acquit quelques années plus tôt. Depuis, à chaque week-end du mois de juillet s’y déroulait ce que l’on soupçonnait être de fabuleuses orgies. Intrigué au plus haut point, je me promis de m’y rendre dès le samedi suivant. Le jour tant attendu arriva enfin et je partis très tôt après le dîner, prétextant vouloir profiter d’un magnifique coucher de soleil pour faire une promenade. Je piquai d’abord droit vers le village et me mêlai à des jeunes femmes du petit café afin d’en apprendre, si possible, relativement à cette affaire. Malheureusement tout ce que je sus concernait la façon de m’y rendre. Je pris donc d’après leurs indications la route du manoir. Je marchai pendant une vingtaine de minutes dans un chemin serpentant et bordé de hauts peupliers lorsque j’aperçus les pignons de ce qui avait dû être une chapelle. Une musique aux rythmes ensorcelants s’échappait d’un volet entrouvert…



